Le chien dispose de différents moyens pour communiquer avec ses congénères, que ce soit pour décliner sa propre identité ou pour décoder celle des autres. À chacune de ses sorties, il effectue des rituels bien précis : il urine, défèque, gratte vigoureusement le sol ou se frotte parfois sur des résidus nauséabonds.
Ces comportements, loin d’être anodins ou purement instinctifs, constituent les marquages olfactifs, une composante majeure du langage canin. C’est la méthode par laquelle le chien laisse un véritable message à l’attention des autres membres de son espèce. Connaître et décoder ces marquages permet de mieux appréhender le langage de son compagnon à quatre pattes et de comprendre les motivations profondes qui dictent ses agissements.
1. Le marquage urinaire du chien
Le marquage par l’urine s’impose comme le plus important et le plus fréquent de tous les marquages olfactifs.
Différences entre mâles et femelles
Chez les mâles : Le marquage est omniprésent. Sur la totalité des mictions effectuées lors d’une promenade, près des trois quarts (3/4) n’ont pas pour but de vider la vessie, mais sont des marquages olfactifs. Ces dépôts véhiculent une multitude de messages complexes. De plus, si un mâle se trouve en présence ou sur la piste d’une femelle en chaleurs, la fréquence de ses mictions se voit multipliée par trois au minimum.
Chez les femelles : En temps normal, à peine un quart (1/4) de leurs mictions sert au marquage olfactif. La situation change toutefois radicalement lors de la période des chaleurs. Durant cette phase, la fréquence de leurs petits pipis augmente considérablement et l’urine devient extrêmement odorante, diffusant des signaux biochimiques pour signaler leur réceptivité dans l’espoir de trouver un partenaire.
Note : Lors de rencontres physiques ou de croisements de pistes entre des chiens qui ne se connaissent pas, la fréquence des marquages urinaires grimpe en flèche chez tous les individus.
Les positions de miction : un double message (olfactif et visuel)
Le choix de la posture adoptée par l’animal au moment de faire ses besoins revêt une double importance : elle délivre une signature chimique mais sert également de signal visuel, repérable de loin par les autres chiens. Parfois, un chien adoptera une posture de marquage de façon purement théâtrale, sans même émettre une seule goutte d’urine, spécifiquement s’il se sait observé par un congénère.
Grâce à ces postures visibles à distance, un chien peut évaluer l’individu en face : s’il s’agit d’un chiot, d’une femelle, d’un jeune adulte, d’un individu affirmé (dominant) ou plutôt discret, ainsi que sa taille approximative.
La position accroupie ou fléchie : C’est la position classique adoptée par les chiots et la majorité des femelles. Néanmoins, une femelle dotée d’un tempérament affirmé ou d’un caractère fort peut tout à fait uriner en levant la patte. Cette posture basse peut aussi être observée chez de jeunes sujets ou chez des mâles adultes de nature plutôt effacée ou discrète.
La position avec la patte levée : Elle fait son apparition chez le mâle au moment de sa puberté et de son affirmation hormonale, généralement entre l’âge de 7 et 12 mois. Certains individus plus précoces ou plus tardifs l’adoptent au moment de leur transition vers la maturité sociale et le stade adulte.
Pourquoi mon chien fait-il pipi à des endroits précis ?
Un chien ne lève pas la patte au hasard. Les lieux choisis répondent toujours à une logique territoriale ou de communication sociale.
Les supports verticaux (poteaux, arbres, pneus de voiture, murs) : Ce sont les « poteaux indicateurs » préférés des chiens. Le marquage en hauteur est privilégié car les courants de l’air et les vents dominants y diffusent les odeurs beaucoup plus loin et plus durablement qu’une flaque laissée à même le sol. De surcroît, la hauteur du jet d’urine sert d’indicateur direct sur la taille du chien qui est passé par là. Ce système permet à deux chiens de « se connaître » et d’évaluer leurs statuts respectifs sans jamais s’être croisés physiquement. Lorsqu’un chien détecte l’empreinte d’un inconnu, il s’empresse de recouvrir l’odeur par la sienne, ce qui explique l’accumulation de mictions sur les mêmes spots de promenade.
Le marquage en intérieur (vêtements, lit, canapé, chaussures) : Si un chien ou une chienne urine délibérément à l’intérieur du foyer, notamment sur le mobilier ou les effets personnels de son propriétaire (pied du lit, canapé, chaussures, vêtements), ce comportement traduit généralement un conflit hiérarchique, un manque de repères ou une velléité de dominance au sein du groupe social. C’est un signal d’alarme qu’il convient de traiter rapidement avec un professionnel. (À distinguer du chiot qui s’oublie sur un tapis en journée, ce qui relève simplement d’un apprentissage de la propreté en cours d’acquisition).
2. Le marquage fécal du chien
Tout comme l’urine, les déjections solides jouent un rôle de communication visuelle et olfactive. Lors de la défécation, les selles se chargent des sécrétions biochimiques issues des glandes anales, libérant un message riche en informations sur l’identité de l’animal (bien que ce canal de communication demeure un peu moins précis et nuancé que le marquage urinaire).
Pour maximiser la portée de ce signal, certains chiens déposent leurs selles en hauteur : sur une souche d’arbre, une pierre surélevée ou un rocher, permettant ainsi aux vents de propager efficacement les effluves. À l’inverse, les excréments déposés classiquement à plat sur le sol plat n’ont souvent aucune vocation de communication et ne sont que des besoins physiologiques ordinaires.
3. Le camouflage olfactif : se rouler dans la saleté
Il est fréquent d’observer un chien se rouler avec ferveur sur des charognes, des excréments d’autres animaux ou des déchets nauséabonds. Ce comportement ne découle pas d’un manque d’hygiène de sa part, mais répond à une stratégie de camouflage olfactif. L’animal cherche à masquer sa propre odeur corporelle afin de ne pas être repéré ou identifié par ses congénères ou d’éventuelles proies, un réflexe hérité de ses ancêtres prédateurs.
4. Le marquage podal du chien
Le marquage podal désigne l’action d’un chien qui gratte frénétiquement le sol avec ses pattes arrières et/ou avants, le plus souvent immédiatement après avoir uriné ou, plus rarement, après avoir déféqué.
Le signal olfactif et chimique : En grattant, le chien libère et dépose les sécrétions de ses glandes sébacées et sudoripares logées au niveau de ses coussinets plantaires. C’est une signature territoriale forte ou un signal d’intimidation.
Le signal visuel : La terre retournée et l’herbe arrachée créent une marque visuelle flagrante dans l’environnement pour attirer l’attention des prochains passants.
Signification sociale : Si ce comportement de grattage est accompagné de grondements sourds, il émane d’un individu aux intentions revendicatrices voire conflictuelles. En revanche, s’il est effectué sans aucune émission sonore, il s’agit d’un comportement tout à fait normal et commun, partagé par l’ensemble des chiens, indépendamment de leur rang hiérarchique.
Sources scientifiques et cynophiles mentionnées dans l’article : Travaux et archives de Bekoff, Sprague, Aniska, Dunbar, Doty, Scott, Fuller, Kleiman, Fox.
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